Alice Ferney et Mankiewicz, roman et film.

Une lecture et un film : une alchimie réussie entre écriture cinématographique et romanesque.

 Dabord le roman « dévoré »  d’Alice Ferney  » Paradis conjugal » chez Babel : une mise en abîme du film de Mankiewicz  » Chaînes conjugales » et un détournement du titre.

Alice Ferney, Paradis conjugal

Quelle alchimie installe un couple dans la durée ? Aime-t-on toujours comme on le devrait ? Par quels doutes, quels regrets, quelles fêlures, quelles peurs le lien conjugal est-il quotidiennement menacé ? En attendant son mari, qui ne rentrera peut-être pas, Elsa Platte regarde avec ses enfants le film de Joseph L. Mankiewicz Chaînes conjugales, qui met en scène comme en miroir trois femmes confrontées à la crainte de perdre l’amour de leur vie. Son anxieuse rêverie se mêle à l’émotion cinématographique, sa réflexion se nourrit des aventures des héroïnes… Une oeuvre d’art peut-elle apporter du réconfort plus sûrement qu’une personne ? Dans une mise en abyme remarquable de sensibilité et de finesse psychologique, Alice Ferney rend hommage au pouvoir évocatoire du cinéma mais prouve magistralement que seule la littérature sait capter dans toutes ses nuances la vérité intime d’un être.

Puis la passion du film de Joseph Mankiewicz « Chaînes conjugales » (1949)

chaines_conjugales

Récompensé par plusieurs oscars, Chaînes conjugales est un film précurseur, d’une modernité étonnante. Sorte de Desperate Housewives de la fin des années 1940, le film n’a pas pris une ride, autant virtuose dans sa mise en scène que pétillant dans ses dialogues. A consommer sans modération.

Ce qui impressionne dès les premières minutes de Chaînes conjugales, c’est cette capacité qu’avait Joseph L. Mankiewicz de poser le décor, de donner un cadre social à ses intrigues. Ici, le travelling d’ouverture nous permet de savoir que nous sommes dans une petite ville bourgeoise des États-Unis, parfaitement représentative de l’American Way of Life de l’après-guerre. La voix-off d’une femme se fait entendre. Elle répond au nom d’Addie Ross, énigme à elle toute seule puisque, à la manière d’une Eve dans le célèbre film du même nom, elle n’existe que dans le regard des autres. Sa voix suave et assurée, un brin sarcastique, tranche avec la plénitude des décors bourgeois. C’est que son personnage, même tenu en hors champ, va mettre en péril bon nombre d’acquis sociaux pour tous ceux, ou plutôt toutes celles, qui l’ont croisée. Dans la vie de Sadie, trois amies : Deborah Bishop, Lora Mae Hollingsway et Rita Phipps qui ont toutes pour point commun d’avoir fait un beau mariage et d’arborer fièrement ce nom qui les a élevées socialement. Comme toute femme de la société, elles consacrent leur temps libre à des œuvres de charité. C’est la raison de leurs retrouvailles par ce jour ensoleillé. Prêtes à embarquer pour un pique-nique avec l’orphelinat, elles s’interrogent toutes les trois sur les raisons pour lesquelles Addie Ross ne s’est finalement pas jointe à elles. Un coursier apporte alors un courrier de l’intéressée où celle-ci explique qu’elle est finalement partie avec le mari de l’une d’entre elles, sans bien évidemment dire lequel. Dans l’impossibilité de téléphoner à leur mari respectif, chacune va alors se repasser le film de sa vie – et surtout de son mariage – en tentant de discerner tous les ratés qui auraient pu motiver le départ de leur conjoint.

Geneviève MB

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s