Sam Shepard, « Ce qui est au-dedans », éd Pavillons, Robert Laffont, 2020.

Et pour commencer, la préface de cette édition, écrite par Patti Smith, toutes premières lignes, qui disent presque tout…

« Il y avait quatre chevaux en train de brouter de l’autre côté de la barrière, des papillons noirs qui se posaient sur les poires tombées au sol. On sentait déjà l’automne arriver en cet après-midi doré au Kentucky. Sam regardait par la fenêtre. Moi, j’étais assise à la table et je lisais son manuscrit.

En levant les yeux sur lui à un moment; il m’est venu à l’esprit que tout ce que j’ai pu connaître de lui, et lui de moi, restait à l’intérieur de nous mêmes… »

Et l’Incipit de son récit à lui.

Ils ont massacré quelque chose, là-bas. Et ils se battent autour. C’est sûr. Ils hurlent. Reprennent leurs piaillements insensés tout en fouaillant la chair tendre.

A cinq heures cinq du matin, il ne dort pas. Nuit noire. Coyotes au loin. Ca doit être ça. Les yeux levés aux poutres du plafond. Essayant de retrouver ses « marques ». Réveillé même après une bonne dose de Xanax en anticipation de démons mineurs, genre chevaux à tête humaine. Petits, tous, comme si la grandeur nature était trop gigantesque pour être seulement imaginée …

Et se déroule par saccades, fragments, flashs, l’écriture de Sam Shepard, réaliste, crue et ses descriptions par focale très rapprochée, détails quasi cinématographiques, comme photographiés en gros plan, chargés de bruits, d’odeurs, de visions jamais interprétées, données brut . Alors il descend comme aux Enfers, avec ses accents rimbaldiens et rock, inside, et rapporte des images parfois hallucinées, obsédantes, des pensées plus que des jugements, toujours lucides, avec une sincérité absolue, sans pathos ni complaisance.

«  Le réel, c’est quelque chose de très surestimé. Ce qui demeure ce sont les mots gribouillés sur un panorama déroulant, les vestiges de clichés poussiéreux qui se décollent de la mémoire, la mélopée de voix passées dérivant à travers la Plaine américaine » dit Patti Smih.

Son récit s’écrit à la troisième personne, à la première, mais il s’agit toujours de lui, le narrateur, chapitres entrecoupés de dialogues , et les personnages comme des acteurs de sa vie, défilent et se croisent, mêlant les époques, on les reconnaît au fur et à mesure, on les devine, son père, pilote de l’armée américaine reconverti en fermier, avant et après sa mort, qui lui apparaît sous la forme d’une toute petite momie qu’il surnomme « Miniman » , et la ronde des femmes par séquences alternées, la jeune amante de 14 ans de son père, Félicity, la mère de celle ci, apparition en manteau rose, la très  » Jeune maîtresse – Chanteuse » qui le pousse dans ses retranchements dans des dialogues de théâtre, son épouse s’en allant sur la route après 30 ans de vie commune…

Et nous voyageons dans son univers quasi immobile aussi , où il croise les paysages du Kentucky et ceux de l’Illinois, autour de la ferme paternelle, nous le suivons lors du tournage improbable d’un film, Oklahoma city…dans ses rêves hallucinés, ses réveils difficiles, ses associations mentales. Un livre qui entraîne loin, inside !

Sam Shepard , « cow boy existentiel », « l’homme à la tranche de lune gravée sur le poing » , « le meilleur écrivain de théâtre américain depuis Tennessee William« …and so on…

J’ai découvert Sam Shepard, au théâtre d’abord, lorsque je suis allée voir un spectacle qui se jouait à La Coursive à La Rochelle, en 1985, « L’Ouest le vrai » joué par Richard Bohringer que nous avions interviewé avec mon amie Françoise pour le compte d’une radio locale de Luçon où j’habitais alors . Je me souviens de la sobre mise en scène de Jean-Michel Ribes, avec un frigo central à la porte ouverte dans la nuit de la scène, seule lumière du plateau. Eblouie par l’écriture de Sam Shepard, mythique , associée pour moi en ce temps là, à la voix de ma chanteuse préférée, Patti Smith.  » Wave  » !

J’ai lu il y a peu de temps sa pièce « Simpatico« éditée à l’Avant- ScèneThéâtre, en 2012, mise en scène par Didier Long. Hélas impossible de trouver l’Avant-Scène qui a été édité en 1985 pour sa fameuse pièce » L’Ouest Le vrai » , épuisé à l’heure actuelle. Je ne décourage pas de le trouver en anglais….

Sam Shepard, Simpatico, éd. L’Avant scène théâtre, avril 2012.

Et d’autres oeuvres traduites en français, pour constituer ma petite bibliothèque A suivre !

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