La mort de Didon, arts croisés.

 

Didon-20au-20Sceptre-20Base-20MandragoreGiovanni Boccacio [Boccace] (1313 – 1373), De mulieribus claris (traduction anonyme : Des claires et nobles femmes)
S’ensuit l’istoire de Dido aultrement appellee Elisse laquelle fut royne des ayeulx de Cartaige
Didon
Cognac, XVe siècle
Bibliothèque Nationale de France, Manuscrits occidentaux français 599 fol. 36

OPERA ET MUSIQUE

 Josquin des Prés, « Dulces Exuviae »

josquin_des_pres-copie-1
(v. 1440-1521)

Josquin des Prés, la mort de Didon

Ouvrez  le  lien ci-dessus  pour entendre la musique de Josquin des Prés sur « la mort de Didon » chant IV de l’Enéide de Virgile. 

Purcell

Ecoutez aussi le  dernier air de Didon dans l’opéra de Purcell   » Dido and Aeneas », When I am laid… » à voir et à entendre sur  la vidéo ci-dessous, en anglais cette fois et sur le lien ci-dessous :« Dido’s Lament » by Jessye Norman », 

Purcell, Jessye Norman

Et le livret en anglais :

DIDO

« To Death I’ll fly

if longer you delay;

away, away!…

But Death, alas!

I cannot shun;

Death must come when he is gone.
CHORUS

Great minds

against themselves conspire,

and shun the cure

they most desire.

DIDO

Thy hand, Belinda,

darkness shades me.

On thy bosom let me rest,

more I would,

but Death invades me;

Death is now a welcome guest.

When I am laid in earth,

May my wrongs create

no trouble in thy breast;

remember me, but

ah! forget my fate.
CHORUS

With drooping wings

you Cupids come,

and scatter roses on her tomb,

soft and Gentle as her heart.

Keep here your watch,

and never part. »

 

VIRGILE : Enéide, chant IV.
Dulces exuuiae, dum fata deusque sinebat,
accipite hanc animam, meque his exsoluite curis.
Vixi, et, quem dederat cursum fortuna, peregi,
et nunc magna mei sub terras ibit imago.
Urbem praeclaram statui; mea moenia uidi;
ulta uirum, poenas inimico a fratre recepi;
felix, heu nimium felix, si litora tantum
numquam Dardaniae tetigissent nostra carinae! »
Dixit, et, os impressa toro, « Moriemur inultae,
sed moriamur » ait. « Sic, sic iuuat ire sub umbras:
Hauriat hunc oculis ignem crudelis ab alto
Dardanus, et nostrae secum ferat omina mortis »

 

romanelli

Pierre-Paul Romanelli
The Death of Dido

Le texte français, traduction Louvaniste.

« Souvenirs, doux pour moi, tant que le voulurent les destins et la divinité,
accueillez mon âme et délivrez-moi de mes souffrances.
J’ai vécu, et achevé le parcours que m’avait accordé la Fortune;
maintenant une grande image de moi va s’en aller sous la terre.
J’ai fondé une cité illustre, j’ai vu mes murailles dressées,
j’ai vengé mon époux, et puni mon frère, mon ennemi.
Que je serais heureuse, trop heureuse hélas, si les Dardaniens
avec leurs navires n’avaient jamais touché nos rivages » !
Elle dit, et, pressant ses lèvres sur le lit : « Nous mourrons invengée »
dit-elle, « mais mourons ». « Oui, c’est ainsi que je veux rejoindre les ombres.
Que du large le cruel s’emplisse les yeux de ce feu,
que le Dardanien emporte avec lui le mauvais présage de notre mort. »

Images de la mort de Didon.

 

didone

Didon et Enée par Guérin (© Musée du Louvre, Paris)

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Cercle de Giovanni Francesco Barbieri, dit il Guercino .

rubens0

Pierre-Paul Rubens
La mort de Didon
huile sur toile 183 cm x 117 cm

Etude texte/image: le tableau : « La mort de Didon »

Description

Rubens représente Didon au moment où la reine désespérée de l’abandon d’Enée, se porte le coup fatal. Didon assise sur le lit, témoin de ses amours avec Enée, se perce le cœur avec l’épée du Dardanien.

La mise en scène

Didon apparaît comme un personnage de tragédie : la grandeur du destin est associée à la violence des sentiments et à l’accomplissement du geste fatal.
Le décor est dépouillé : le lit orné de rideaux, l’épée, quelques planches de bois. Il concentre l’instant du drame sur l’héroïne.
Le décor ne va pas cependant sans une pompe royale : les sculptures dorées du bois du lit (notons la coquille qui orne la couche et rappelle la mer chère et fatale à Didon), la pourpre du tissu qui rehausse la nudité de Didon en témoignent ainsi que la couronne de perles qui orne la chevelure de la reine.
Didon est éternisée dans la violence du suicide : son regard invoque les cieux, elle semble prendre à témoin l’univers de l’outrage commis par Enée. D’un geste assuré, elle enfonce l’épée dans sa poitrine. Pour donner plus de force au coup porté, son bras gauche est appuyé sur le lit.

Conclusion

Rubens est fidèle au récit de Virgile ; il choisit de mettre en lumière le sacrifice de Didon, sacrifice dicté par la passion amoureuse, par le désespoir de l’abandon, par l’impossibilité de vivre hors de la présence de l’amant. Le corps de Didon, à la grâce épanouie, illumine la toile. Didon rejoint le panthéon des âmes fortes par son geste sublime. Mourir pour une reine ne peut être qu’un rendez-vous avec l’Histoire.

 

Et voici ce qu’en Hector Berlioz:
« Le sentiment des beautés élevées de la poésie vint faire diversion à ces rêves océaniques, quand j’eus quelque temps ruminé La Fontaine et Virgile. Le poëte latin, bien avant le fabuliste français, dont les enfants sont incapables, en général, de sentir la profondeur cachée sous la naïveté, et la science de style voilée par un naturel si rare et si exquis, le poëte latin, dis-je, en me parlant de passions épiques que je pressentais, sut le premier trouver le chemin de mon cœur et enflammer mon imagination naissante. Combien de fois, expliquant devant mon père le quatrième livre de l’Énéide, n’ai-je pas senti ma poitrine se gonfler, ma voix s’altérer et se briser!… Un jour, déjà troublé dès le début de ma traduction orale par le vers:

«At regina gravi jamdudum saucia cura,»

j’arrivais tant bien que mal à la péripétie du drame; mais lorsque j’en fus à la scène où Didon expire sur son bûcher, entourée des présents que lui fit Énée, des armes du perfide, et versant sur ce lit, hélas! bien connu, les flots de son sang courroucé; obligé que j’étais de répéter les expressions désespérées de la mourante, trois fois se levant appuyée sur son coude et trois fois retombant, de décrire sa blessure et son mortel amour frémissant au fond de sa poitrine, et les cris de sa sœur, de sa nourrice, de ses femmes éperdues, et cette agonie pénible dont les dieux mêmes émus envoient Iris abréger la durée, les lèvres me tremblèrent, les paroles en sortaient à peine et inintelligibles; enfin au vers:

«Quæsivit cœlo lucem ingemuitque reperta.»

à cette image sublime de Didon qui cherche aux cieux la lumière et gémit en la retrouvant, je fus pris d’un frissonement nerveux, et, dans l’impossibilité de continuer, je m’arrêtai court.

Ce fut une des occasions où j’appréciai le mieux l’ineffable bonté de mon père. Voyant combien j’étais embarrassé et confus d’une telle émotion, il feignit de ne la point apercevoir, et, se levant tout à coup, il ferma le livre en disant: «Assez, mon enfant, je suis fatigué!» Et je courus, loin de tous les yeux, me livrer à mon chagrin virgilien.

Sur ce lien .

Découverte de Virgile par Hector Berlioz, Agora.

 

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