Ovide, Art d’Aimer, texte 1 Préambule, Livre I, 1-29 et texte 2, Comment plaire aux jeunes filles, Livre II,197-216.

*Texte 1 : Préambule, « siquis in hoc artem » / vers 1- 29 / manuel page 29.

dos

 

Liber primus / Livre premier, P. Ovidii artis amatoriae . / De l’Art d’aimer d’Ovide.

1- juxtalinéaire du texte latin : à compléter avec la traduction de l’édition.

Siquis  in hoc populo / artem non novit amandi, / hoc legat/ et lecto carmine/ doctus amet.

Arte/ veloque remoque,/citae rates moventur /arte leves currus ( moventur) : /

arte regendus amor.

Automedon aptus erat/ curribus lentisque habenis,/Tiphys magister erat,/

in Haemonia puppe/

Me Venus artificem praefecit/ Tenero Amore / Dicar … ego / Tiphys et Automedon … Amoris.

Ille quidem ferus est / et qui mihi saepe repugnet, / sed puer est, / aetas mollis / et apta regi.

Phillyrides… perfecit / puerum Achillem cithara, / atque animos contudit feros, / placida arte, / Qui totiens / exterruit socios, / totiens hostes, / creditur / annosum pertimuisse senem.

Ille poscente magistro, / praebuit manus jussas / verberibus / quas Hector sensurus erat.

Aeacidae Chiron (praeceptor est), / ego sum praeceptor Amoris ; /saevus uterque puer, / natus uterque dea. /

Sed tamen/ et  tauri cervix oneratur aratro, / frenaque teruntur magnanimi dente equi ; / et mihi cedet Amor, / quamvis arcu / mea vulneret pectora, / jactatas excutiatque faces.

Quo me fixit Amor,/ quo me violentius ussit, / hoc melior ultor ero / facti vulneris. /

Non ego mentiar,  Phoebe,/ datas a te mihi artes, / nec nos monemur, / aeriae voce avis / nec Clio Cliusque  sorores / non visa sunt mihi / servanti pecudes / vallibus, Ascra, tuis ; / Usus opus movet hoc : / vati  parete perito. //

2- Pistes de commentaire :

Quelle est la fonction de ce préambule du point de vue d’Ovide ? annoncer une thématique novatrice et le rôle qu’y jouera son auteur.

Axe 1 : Un genre novateur dans un style traditionnel celui de l’Elégie.
A – La tradition de l’élégie

1- Le thème / amour et poésie personnelle.( lexique : amor et Amor)

2- le mètre de l’élégie: le distique élégiaque et ses coupes.

3- Erudition mythologique .
B- Ars amandi, ou un traité  » technique » de l’amour , novateur.

1- annonce préliminaire avec volonté de généralisation novatrice.

2- Une parodie des traités traditionnels.

3- humour ou comment traiter un sujet léger avec sérieux: coexistence de deux registres: didactique et épique.

Axe 2 : la place du poète dans son enseignement.

A- le magister amoris, l’expérience de l’amour.

B- Un professeur héroïque  » professeur mythologique »!

C- Un grand poète qui présente son travail comme un art / technique  et poétique    ( rôle des métaphores)


*Texte 2: Comment plaire aux jeunes filles, Livre II, vers 197-216 page 87.

Traduction et juxtalinéaires.
Cede repugnanti: cède à celle qui résiste
cedendo victor abibis: en cédant tu deviendras victorieux 
Fac modo agas: tâche ni plus ni moins de faire
quas partes illa jubebit: les choses (tenir les rôles) qu’elle t’ordonnera
Arguet, arguito: tout ce qu’elle dénonce, tu le dénonceras
quicquid illa probat, probato: tout ce qu’elle approuve, tu l’approuveras
Quod dicet, dicas: ce qu’elle dit, que tu le dises ( dis-le)
quod negat illa, neges: ce qu’elle nie, que tu le nies ( nie-le)
Riserit, adride: si elle rit, ris
si flebit: si elle pleure,
flere memento: pleure en retour 
leges uultibus tuis: tu choisiras par tes expressions
illa imponat: ce qu’elle t’impose/ tu modèleras ton visage selon les expressions qu’elle attend
Seu ludet: soit elle jouera / voudra jouer 
et iactabit: et elle lancera
eburnos numeros:  les dés d’ivoire
manu: de sa main
Tu male jactato: toi tu les jetteras mal à chaque fois
tu male iacta dato: toi tu donneras mal à celle qui a jeté ( tu joueras mal quand elle les auras jetés)
Seu iacies talos: soit tu jetteras les osselets 
ne sequatur poena uictam: sans que ne s’ensuive de la peine pour la perdante 
facito: fais en sorte que 
canes damnosi: les chiens nuisibles (les osselets qui pourraient lui causer du tort )
stent saepe tibi: soient pour toi

sub imagine: s’il lui vient l’idée de jouer

latroncules  aux échecs
Fac pereat miles tuus: fais en sorte que ton soldat périsse 
ab hoste vitreo: par  le pion en verre ennemi 
Tene ipse: tiens toi-même 
umbracula distenta: son ombrelle déployée 
suis virgis: par ses baleines 
Fac ipse locum: fais lui toi-même un chemin ( un passage) 
in turba: dans la foule
qua venit illa: où elle vient / passe 
Nec dubita producere: et (ne doute pas) n’oublie pas d’avancer 
scamnum tereti lecto: le marchepied auprès du lit délicat / travaillé
Et deme uel adde: et ôte ou mets 
soleam pedi tenero: sa sandale à son pied délicat
Saepe etiam: souvent aussi
quamuis horrebis et ipse: bien que tu  sois transi de froid toi aussi 
manus dominae calfacienda est: la main de ta maîtresse devra être réchauffée 
Nec puta tibi turpe (est): et ne pense pas que c’est honteux pour toi 
placebit: cela plaira
sustinuisse speculum: de tenir le miroir
manu ingenua: d’une main d’homme libre

 

Commentaire.
Conquérir une maîtresse n’est pas toujours aisé, mais plus difficile encore consiste à la garder. A cette fin, Ovide donne, dans le livre II, des conseils mi-pathétiques mi-humoristiques sur la manière de s’oublier et de s’incliner devant la belle. Sur une tonalité injonctive, il dresse l’inventaire de situations-types sur une tonalité toujours parodique.
I-Conseils sous forme injonctive – attitude de l’homme
• Vocabulaire guerrier: uictor, cede, cedendo: présence d’un vainqueur et d’un vaincu; mais celui qui s’avoue vaincu et se place en position de faiblesse fait preuve en réalité de tactique et se rélève victorieux: cedendo uictor abibis. Les verbes sont à l’actif, pour la maîtresse comme pour l’amant, ce qui prouve une situation d’égal à égal, de combat.
• Phrases injonctives, avec des verbes à l’impératif: fac, cede, tous deux en début de vers donc mis en valeur; le texte s’ouvre sur un verbe à l’impératif, donc annonce la série d’ordres ou du moins de conseils appuyés.
• Remarque grammaticale sur nec dubita qui exprime la défense, alors qu’on trouve normalement ne+subjonctif, d’où insistance et mise en valeur de cette epression, ne doute pas (dans cette situation et en général, sois sûr de toi).
• Formes particulières arguito, probato, dato, jactato: impératifs futur, formes rares donne la conduite à tenir aussi dans le futur. Conseils généraux valables indéfiniment.
• Verbes d’action: agas, adride; multitude de verbes qui donnent dans le détail l’attitude à tenir par l’amant pour séduire la jeune fille. Deux premiers verbes expliquent l’attitude à avoir en général, puis donne des détails sur des situations particulières comme lors des jeux de société en tête à tête, calculus latrocinii, lors des promenades en ville, in turba, ou au coucher, lecto. On remarque que le prétendant est très proche physiquement de la belle (cercle d’intimité).
• En plus des impératifs, subjonctifs à valeur d’ordre:
Récapitulatif de l’ordre et de la défense (mode impératif)
2ème pers ;sg Cede Noli cedere
2ème pers ; pl cedite Nolite cedere

Récapitulatif de l’ordre et de la défense (mode subjonctif)
Sg Vivam, Vivas, Vivat Ne doleam, Ne doleas, Ne doleat, Pl Vivamus, Vivatis, vivant , Ne doleamus, Ne doleatis, Ne doleant.
• présence du destinataire des conseils, tu et de l’archétype de la jeune fille illa
• rythme binaire, parallèle créé par les répétitions: Arguet, arguito; quicquid illa probat, probato; quod dicet, dicas; quod negat illa, neges; riserit, adride.
• structure des propositions: attitude à adopter par l’homme
• sous-entendu du memento: sa place en fin de vers n’est pas anodine; il porte sur une action précise: se souvenir de ce qui a fait pleurer la maîtresse, mais indique plus largement que l’amant doit garder bonne mémoire de ce qui concerne sa belle, mais peut-être aussi des conseils prodigués par le poète (pour nous, aspect concret du memento, petit carnet dans lequel on note ce dont on doit se souvenir).
Ri-se-rit | ad-ri-de | si fle- |bit // fle- |re me-|men-to
__ u u __ u u __ __ __ // __ __ __ __ u
La césure hephthémimère met en avant la clôture de l’hexamètre, « flere memento », qu’on peut traduire par « souviens-toi de pleurer » (flere est dans ce cas un infinitif à traduire comme tel) , un contrepoint comique à la première partie du vers : l’amant doit se faire aux réactions de sa belle, les adopter, les imiter : « Elle rit, ris en retour ». Mais il doit aussi contrefaire ses sentiments, pour obtenir les faveurs de sa bien aimée : « si elle pleure, n’oublie pas de pleurer ». Les conseils du poète à inscrire sur le « memento » de « l’amant apprenti » sont une fois encore marqués par le jeu des oppositions : sérieux du conseil / humour de la prescription ; rire / pleurs ; souplesse de l’attitude du jeune homme / rudesse de l’application stricte du conseil.
• champ lexical du corps, des vêtements et ornements féminins: manu, pedi, algenti, soleam, speculum (le lecto faisait entrer le prétendant dans la chambre de la jeune fille, au pied de son intimité, de l’acte d’amour consommé, le miroir l’envoie à la phase suivante, invitant l’amant à conserver les faveurs de sa maîtresse en participant à sa toilette quotidienne), umbracula. L’ordre de l’évocation des ornements suit une trajectoire amoureuse : l’ombrelle, puis le marchepied pour accéder au lit, et enfin la sandale ôtée => du haut vers le bas / du lieu public (fréquenté par la « foule » / extériorité évoquée par l’ombrelle) au lieu intime.
• Le passage poursuit donc une progression érotique, achevée avec humour, dans une remarque qui rappelle le vers 5: l’homme se soumet, mais il s’agit d’une soumission bien contrôlée, « ingenua manu ». NB : les mots « ingenua » et « manu » encadrent précisément le vers : chacun est donc mis en valeur.
• Ce côté léger se retrouve également dans le parallèle entre le jeu enfantin, le divertissement (osselets, dés) et le jeu amoureux: une métaphore amoureuse, pour ne pas dire érotique: les préparatifs amoureux.
II-Une Parodie
• portrait de l’homme: uictor, mais pas glorieux puisqu’il gagne après avoir cédé, être tombé plus bas que terre devant la belle, turpe,: anti-héros. Va jusqu’à simuler des émotions, même les pleurs: flere, adride, et à contrevenir à ses propres opinions: probato, neges.
• verbes qui décrivent la jeune fille: portrait dessiné. Joue elle aussi un rôle: repugnanti, commence par résister (il va sans dire qu’elle finira par céder, l’admission du prétendant à une distance d’intimité se faisant rapidement). Elle semble elle aussi se prendre à ce jeu de rapports de force et de séduction et commet son prétedant à des rôles qu’elle lui choisit: quas partes illa jubebit, sub imagine; elle se laisse prendre facilement au piège de ce jeu en réalité imposé par l’amant.
• Les rapports amant/maîtresse que propose Ovide n’ont rien de sensuels, entre celui qui s’incline et celle qui est leurrée. Mais paradoxe entre la manipulation de l’amante par l’amant, et la soumission de l’amant. Le paradoxe se résout cependant parce qu’il s’agit d’une soumission feinte.
• entre le rire et l’indignation: humour du texte. Le lecteur rit à la fois des situations décrites, mais peut aussi se sentir indigné par l’attitude de l’amant et de devoir se soumettre à une telle mascarade pour séduire.
• jeu sur l’emploi des suffixes diminutifs, qui donne un côté léger aux conseils donnés : « calculus », mot dérivé de « calx, calcis » (petite pierre) ; « umbracula », de « umbra » (au sens 1er : « un petit ombrage » : l’ombrelle est donc le 1er cercle d’intimité des deux amoureux) ; « speculus » de « species ».
• Tâches des vers 209 à 216 incombent normalement à l’esclave: rabaissement de l’homme qui plie en privé, mais aussi en public. Mise en valeur de dominae, maîtresse de maison, donc des esclaves. Terme mis en valeur puisqu’à la césure penthémimère:
Sae-pe (e)-ti-am do-mi-nae, quam-uis hor-re-bis et i-pse
– U U – U U – – – – – U U – U
Conclusion
Ovide invite ici son lecteur masculin à un jeu amoureux, pour séduire la maîtresse convoitée, qui n’a rien de très attrayant. Ces conseils sont en effet plus parodiques de la joute amoureuse que sincères, comme en témoigne l’humour du texte, mais conservent une certaine modernité: en effet, doit-on renoncer à soi pour plaire et faire preuve d’hypocrisie?

 

 

 

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